Nouveaux élus, protégez d’abord votre autofinancement !

Face à l’incertitude des finances publiques nationales, les collectivités doivent construire leur mandat sur une priorité : préserver une épargne brute suffisante pour continuer à investir et absorber les futurs ajustements imposés par l’État.

La préparation du budget de l’État pour 2027 s’annonce une nouvelle fois difficile. L’absence de majorité parlementaire stable pourrait conduire à retrouver les incertitudes qui ont accompagné les budgets 2025 et 2026.

Mais, pour les collectivités locales, le problème est désormais plus profond : les finances publiques françaises se sont durablement dégradées et la France peine à retrouver une trajectoire compatible avec ses engagements européens.

Dans ce contexte, une question devient incontournable : quelle contribution l’État demandera-t-il aux collectivités locales en 2027 et au cours des années suivantes ?

DGF, FCTVA, prélèvements : où portera le prochain effort ?

Personne ne connaît encore précisément les mesures qui figureront dans le projet de loi de finances pour 2027.

Plusieurs hypothèses doivent néanmoins être intégrées dès aujourd’hui aux prospectives financières des collectivités : gel en valeur de la DGF, poursuite ou transformation des mécanismes de prélèvement sur les collectivités disposant des situations financières les plus favorables, évolution des règles du FCTVA, réduction de certaines compensations ou encore diminution des concours à l’investissement.

Le FCTVA mérite notamment une attention particulière. Premier dispositif de soutien de l’État à l’investissement local, il représente plusieurs milliards d’euros chaque année. Toute modification de son assiette, de son calendrier de versement ou de ses critères de répartition aurait des conséquences directes sur le financement des programmes d’investissement.

Il serait donc imprudent de construire un projet de mandat 2026-2032 en considérant que les règles actuelles resteront inchangées pendant six ans.

Ne cherchons pas à prévoir chaque décision de l’État

Face à cette incertitude, la bonne stratégie n’est probablement pas de tenter de deviner le contenu de chacun des prochains budgets de l’État.

Elle consiste plutôt à rendre la collectivité suffisamment robuste pour absorber plusieurs années de contraintes budgétaires.

Préserver l’autofinancement

L’épargne brute remplit en effet deux fonctions essentielles.

Elle permet d’abord de financer les investissements sans recourir excessivement à l’emprunt.

Mais elle constitue également le pare-chocs financier de la collectivité.

Une collectivité disposant d’une épargne importante peut absorber une baisse de recettes, un prélèvement exceptionnel, une augmentation des cotisations employeur ou une réforme défavorable du FCTVA.

Lorsque l’épargne a déjà disparu, les choix deviennent beaucoup plus douloureux : hausse de la fiscalité, réduction des services publics ou abandon des investissements.

Inverser la construction du programme de mandat

Les nouveaux élus issus des élections municipales de 2026 devraient donc probablement inverser la méthode traditionnelle de programmation.

Trop souvent, la démarche consiste à définir les investissements souhaités, rechercher leur financement, calculer l’endettement nécessaire puis vérifier si la collectivité peut supporter le programme.

Dans le contexte actuel, il serait plus prudent de partir de la capacité financière.

Épargne cible → dépenses de fonctionnement soutenables → capacité d’endettement → capacité d’investissement → PPI.

Un projet qui ne peut être financé qu’en supposant une progression continue des concours de l’État ou une évolution très favorable des recettes fiscales est aujourd’hui un projet financièrement fragile.

Chaque PPI devrait donc être testé selon au moins trois hypothèses : centrale, prudente et dégradée. Et le programme de mandat devrait rester soutenable dans le scénario prudent.

Le véritable enjeu se situe dans les dépenses récurrentes

Réduire ou reporter un investissement de 5 millions d’euros permet d’économiser ponctuellement 5 millions.

Réduire structurellement une dépense de fonctionnement d’un million d’euros permet de dégager jusqu’à 6 millions d’euros de capacité financière supplémentaire sur un mandat.

C’est pourquoi la maîtrise des dépenses récurrentes est déterminante.

Et, pour une commune, la première dépense est généralement le personnel.

Selon la taille et les caractéristiques de la collectivité, la masse salariale peut représenter 40 à 65 % des dépenses réelles de fonctionnement.

Or c’est également l’une des dépenses les plus difficiles à ajuster rapidement.

La masse salariale : anticiper plutôt que subir

Le statut de la fonction publique territoriale protège légitimement les agents mais limite fortement les possibilités d’ajustement rapide des effectifs.

Le recours aux contractuels n’offre par ailleurs qu’une flexibilité relative : fin des contrats, indemnisation du chômage, difficultés de recrutement et nécessité de conserver les compétences rendent les ajustements plus complexes qu’ils ne le paraissent.

Une restructuration décidée en 2029 ou 2030 risque donc de produire ses effets lorsque le mandat sera presque terminé.

C’est maintenant qu’il faut anticiper.

Chaque collectivité devrait établir dès 2026-2027 une projection détaillée de ses effectifs jusqu’en 2032 : départs à la retraite, mobilités probables, postes indispensables, postes susceptibles d’être mutualisés, fonctions pouvant être automatisées ou réorganisées et nouvelles compétences nécessaires.

Chaque départ naturel doit devenir l’occasion de se poser une question simple : devons-nous réellement remplacer ce poste à l’identique ?

L’objectif n’est pas nécessairement de réduire brutalement les effectifs. Il consiste à maîtriser progressivement leur évolution afin d’éviter d’avoir à prendre ultérieurement des décisions beaucoup plus difficiles.

2026-2027 : deux années déterminantes

Le début du mandat constitue paradoxalement le meilleur moment pour préparer les investissements de la mandature.

Plutôt que de chercher à engager immédiatement tous les projets annoncés pendant la campagne, les collectivités pourraient utiliser 2026 et 2027 pour réaliser un véritable diagnostic financier et organisationnel.

2026-2027 : diagnostiquer, réorganiser et programmer
2028-2030 : investir
2031 : stabiliser les finances avant la fin du mandat

Cette stratégie présente un autre avantage : elle permet d’intégrer progressivement les décisions que prendra l’État en matière de finances locales.

Retrouver de la liberté politique

La question essentielle du prochain mandat ne sera finalement peut-être pas de savoir combien l’État donnera aux collectivités.

Elle sera de savoir quelle marge de manœuvre financière les collectivités auront réussi à conserver malgré les décisions de l’État.

Une collectivité fortement endettée, dont l’épargne est faible et dont les dépenses récurrentes progressent plus rapidement que ses recettes, dispose de très peu de liberté politique.

À l’inverse, une collectivité qui maîtrise ses charges et préserve son autofinancement peut continuer à investir et à mettre en œuvre son projet, même dans un environnement national dégradé.

Ne construisez pas votre projet de mandat sur les recettes que l’État pourrait vous laisser.

Construisez-le sur l’autofinancement que vous êtes capables de préserver.