Administration et finance de marché: attention aux lendemains qui déchantent – Nouvel Economiste

Article paru dans le nouvel économiste du 21 Avril 2011, visualiser l’article en cliquant ici

Cédant aux sirènes des marchés de nombreuses structures publiques se sont engagées ces dix demières années dans des emprunts plus ou moins toxiques. Aujourd’hui asphyxiées, il leur faut trouver, sinon des portes de sortie, au moins de bons outils de gestion de leur dette.

Après avoir vendu au prix fort des prêts structurés de plus en plus risqués, après les avoir renégociés plusieurs fois pour tenter d’en masquer le risque, les banques peinent à mettre encore en œuvre une « gestion active et performante » de la dette pour sortir certains de leurs clients de l’impasse financière dans laquelle elles les ont conduits. Mais n’ont pas davantage de solutions à proposer : il n’est possible ni de rallonger des dettes dont la durée résiduelle est déjà de trente ans pour lisser les pertes, ni de prendre plus de risques. D’ailleurs, une charte de bonne conduite voudrait les en empêcher et certains clients s’estimant abusés commencent à demander des comptes devant la Justice.

Des scénarii de dégradation à répétition

« Nous constatons fréquemment le même scenario de dégradation de la santé financière des collectivités, explique Charlotte Valette, consultante chez Seldon Finance. Initialement une situation de faiblesse des ressources associée à des besoins structurels élevés, qui entraîne un niveau d’endettement important. Puis, l’entrée dans des opérations de financement structurés afin d’alléger les échéances à court terme avec en contrepartie une prise de risque sur des échéances plus lointaines. Un des fondements de la finance est qu’il n’y a jamais de rendement sans risques. Risque qui, lorsqu’il s’est présenté, a motivé des renégociations des positions au pire moment. L’échéance de l’année est généralement préservée aux dépens des échéances futures. Le risque se réalise, et la situation se dégrade inexorablement. » Au fil des années, les risques n’ont changé de nom que pour croître en nocivité : barrières, puis pentes, inflation, et désormais devises : les banques n’ont épargné aux collectivités aucune source de spéculation. Et ces dernières n’ont désormais qu’une alternative restreinte : payer sans discuter, en augmentant les impôts ou en renonçant à certains investissements, ou demander des comptes à leurs créanciers en se pourvoyant en Justice. Mais toutes doivent de toute façon continuer à vivre.

Des solutions pour gérer

Car vivre, et gérer ce risque sans céder à la panique, est heureusement possible pour certains emprunts, dont le niveau de risque est faible. « Il est contreproductif de vouloir sortir au plus vite de l’ensemble des risques, certaines positions doivent être négociés dans des contextes particuliers qu’il faut savoir attendre et saisir poursuit Charlotte Valette. Nos solutions Windette et Webdette, adaptées à ces problématiques particulières, permettent donc aux collectivités de suivre et de gérer leur dette le plus efficacement et le plus simplement possible.» Pour les produits les plus dégradés il n’existe pas de solution miracle. Pourquoi ? Parce que « vendre de la gestion active de la dette avec des produits structurés complexes s’approche de l’utopie, complète la consultante, car une fois la position en portefeuille, la sortie est très difficile. D’une part, avec ce type de produits peu liquides, couvrir le différentiel achat/vente est  très difficile. Les marchés de gré à gré sont très asymétriques. D’autre part, la durée très longue des contrats adaptée aux besoins des collectivités locales (20-25 ans) s’oppose pour certains marchés, comme celui des devises, à l’horizon des gestionnaires de portefeuille spécialisés sur ces opérations (<2ans). L’entrée dans ces opérations est presque irréversible. Enfin, l’appréciation du temps sur les marchés financiers diffère de celle des collectivités : certaines opportunités de marchés sont à saisir dans des fenêtres de temps très courtes (une journée, voire une heure), alors que pour la majorité des collectivités le temps de décision est beaucoup plus long (de 3 jours à 1 mois). En se dotant d’outils de pilotage de leur situation actuelle, compris par les acteurs en place, et qui permettent au moins une gestion saine et lucide au présent, un pas est donc déjà fait pour stabiliser un peu le futur. Mais d’autres restent à accomplir.

Des pistes pour « réparer » ?

Solution envisagée par certains, la structure de défaisance – entité juridique chargée d’isoler des actifs financiers d’une entreprise ou d’un secteur par le biais d’un consortium de réalisation – pose de légitimes questions : qui supportera les coûts ? Les collectivités ayant pris de mauvaises positions sont-elles transférées dans la structure de défaisance ? Les collectivités vertueuses (ayant eu une gestion de bon père de famille) paieront-elles pour celles qui se sont laissé embarquer dans des financements douteux ? Qui sera en mesure de gérer un portefeuille de produits dérivés allant tous dans le même sens ? Quel sera le coût de mise en place de la structure ?…

Comment se financer en 2011 ?

Reste donc à chercher de nouveaux financements, problématique face à laquelle les collectivités ne sont pas naturellement à égalité. « Il y a deux mondes dans les collectivités, reprend Charlotte Valette. Les « grandes », notées, financièrement stables, qui attirent les banques au-delà des frontières. Pour elles, la mise en concurrence est facile et donc les prix obtenus sont intéressants. Pour les autres, la mise en concurrence est de plus en plus difficile, et le choc risque d’être rude le jour où une collectivité ne trouvera pas de préteur. » En outre, les nouvelles contraintes réglementaires liés à l’instauration de Bâle 3, présentées comme le motif des marges élevées sur les nouveaux financements (> 100 pdb), ne facilitent guère les opérations. Même si cet argument doit être nuancé – en réalité l’époque faste des marges < 20 pdb était liée à la vente massive de produits structurés à marge très élevée (> 1%) masquées dans des formules complexes – tout converge vers le même constat : confier l’analyse et la gestion de sa dette à des spécialistes, se doter en interne d’outils adaptés, est le début de la résolution (ou au moins de la non-aggravation) du problème.

Retour aux fondamentaux de la gestion

La crise a rappelé les bonnes méthodes de gestion financière dont un des piliers est la diversification des risques.  « Avec nos cabinets de conseil partenaires nous pensons que l’avenir tend vers des sources de financements plus variées, et plus exclusivement lié au secteur bancaire comme aujourd’hui. », confirme la consultante. Les emprunteurs détenant les outils de valorisation nécessaires étant peu nombreux, Seldon Finance a intégré à ses solutions les outils de calculs nécessaires. Un logiciel (WinDette), une plate-forme Web (WebDette), de l’assistance, du conseil, de la prospection financière : les expertises se complètent pour mettre au service des collectivités des outils de gestion sains et durables. Exemple en un cas d’école : « En ce qui concerne les financements bancaires, nous conseillons aux collectivités de s’orienter vers une logique de prospective financière à moyen terme, c’est-à-dire d’adopter un mode de gestion qui se rapproche plus de celui des entreprises : intégrer un plan de financement pluriannuel à leurs projets d’investissement et présenter l’ensemble de leurs projets aux financeurs. Au coup par coup, sans visibilité, les banques ne suivent pas. Idéalement les plans d’investissements devraient aussi s’effectuer au-delà des périodes électorales… Pour analyser ces prévisions budgétaires d’investissement nous démarrons la commercialisation d’un nouveau logiciel, WebPrev, permettant de simuler dans le temps les équilibres budgétaires. »

Et demain ?

L’association des communautés urbaines propose la mise en place d’une «  agence de financement », entité notée qui se financerait sur le marché de manière groupée via de la ressource classique (taux fixe ou variable), et redistribuerait les fonds. Objectif : abaisser le coût de financement. Les problématiques de mise en place sont cependant fortes. Comment gérer les besoins de flexibilité des emprunteurs ? Quel sera le niveau de notation ? L’agence sera-t-elle préteurs en dernier ressort ou source de financement ? Ces procédures se rapprochent en nature du financement obligataire et présente les mêmes avantages et inconvénients. Et indubitablement, être accompagné pour s’y retrouver sera la clef de la sortie d’impasse pour de nombreuses collectivités.

Plutôt que de répéter sans cesse à l’enfant que le feu brûle, consentons à le laisser un peu se brûler : l’expérience instruit plus sûrement que le conseil. (André Gide).

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